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Le chemin de fer à Saint LEGER. Le « Petit Anjou »
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Si les grandes villes sont régulièrement desservies par le réseau de l’Etat, par des trains de marchandises ou de voyageurs, les campagnes restent « enclavées » et ont un besoin urgent de lignes secondaires. Plusieurs projets sont présentés par les Compagnie de chemin de fer. Le premier projet connu concerne une ligne Ancenis - Chateaubriant devant être prolongée vers le Nord et vers le sud. Pierre Braud, maire de Saint Léger communique ce projet à son conseil le 18 Juin 1870. Le prolongement vers le nord aurait permis l’exportation de nos produits vers les ports de la Manche. Vers la même époque, l’idée d’une ligne Cholet - Nantes par Beaupréau est prise au sérieux puisque la Compagnie des chemins de fer d’Orléans est imposée pour les terrains dont elle est propriétaire sur la commune de Saint LEGER.
Le 25 Février 1872, le Conseil Municipal de Saint LEGER vote contre le projet présenté d’un chemin de fer d’intérêt local, en raison de la part contributive demandée et le tracé. Les négociations et les décisions à prendre font l’objet de nombreux débats animés et de votes.
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Nouvelle délibération le 31 Mars 1872. Le Conseil Municipal accepte le tracé proposé et demande que la gare, qui doit être implantée sur la route de Saint Macaire, ne soit pas à plus de 300 mètres du bourg. La commune participera au paiement de la subvention accordée à la compagnie concessionnaire.
Le décret d’utilité publique pour l’établissement du chemin de fer d’intérêt local de Nantes à Cholet en passant par le Loroux-Bottereau, la Remaudière, Haute et Basse Goulaine, et aboutissant en Maine et Loire entre la Boissière et la Chaussaire, parait au journal officiel le 15 Avril 1877. Le 14 Mai 1882, les choses n’ont guère évolué. M. le Maire de Saint LEGER expose « qu’il doit être fait une voie ferrée passant sur le territoire de la commune », que celle ci passe le plus près possible du bourg et qu’une « station » soit mise à la disposition des habitants. Le terme « station » désigne une gare ouverte au trafic des voyageurs et des marchandises, avec un quai d’embarquement. Il faut attendre 1888 pour qu’à nouveau il soit question du chemin de fer. Le Conseil d’Arrondissement de Cholet émet le vœu que la ligne Cholet - Nantes et Chalonnes - Nantes soit une ligne à « voie normale » (1m435) avec gare d’embranchement à Beaupréau. On verra par la suite que ce conseil ne sera pas suivi et que la ligne sera à voie « métrique », plus économique à la construction, mais préjudiciable au trafic ferroviaire.
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Le 15 Septembre 1889, le Conseil Municipal de Saint LEGER émet des réserves sur le tracé proposé, dangereux car devant comporter un passage à niveau sur la route de Cholet, et de plus mettant Cholet à 5 km 282 de Saint Léger alors que 4 km seulement séparent ces deux villes par la route.
Nouvelle délibération le 24 Février 1895. Le Conseil Municipal proteste énergiquement contre le projet qui lui est soumis car il n’est plus question de « Station » mais d’une « halte », simple arrêt avec abri pour les voyageurs. Il considère qu’une « halte » est absolument inacceptable, puisqu’elle ne pourrait pas permettre d’expédier et de recevoir des marchandises.
Vives protestations du Conseil Municipal le 15 Août 1895 et le 24 Février 1896 contre le même projet à nouveau proposé par les ingénieurs de la compagnie du chemin de fer et des Ponts et Chaussées. Le Conseil propose un tracé qui, tout en diminuant le parcours, aurait l’avantage de supprimer le passage à niveau sur la route de Cholet, en suivant la lisière des bois jusqu’aux premières maisons de Saint LEGER derrière lesquelles il passerait pour arriver route du May où serait située la « station ».
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Les protestations du Conseil Municipal ont-elles été entendues et prises en considération ? Le projet a évolué dans le sens demandé par la commune, mais il est toujours envisagé de construire une « halte » à l’entrée de Saint LEGER, sur le territoire de Cholet (emplacement actuel de la petite gare de St LEGER) Le maire engage de nouvelles démarches et pourparlers pour qu’il soit construit une « station ». Au terme de ces discussions, un accord est enfin trouvé avec la Compagnie, à condition que la commune fournisse le terrain nécessaire à l’implantation de la gare. Pour ne pas priver les habitants de Saint LEGER des avantages qu’apportera l’usage d’une « station », le Conseil s’engage à contracter un emprunt de 2.000 f. pour l’achat du terrain. Le 24 Avril 1898, M. de la Bourdonnaye, conseiller général de Maine et Loire demande que l’étude pour la transformation de la « halte » de Saint LEGER du May soit terminée le plus rapidement possible mais ce n’est que le 4 Décembre 1898 que l’accord définitif sera signé entre le Préfet et la Compagnie. Voila comment la petite gare de Saint LEGER a enfin vu le jour sur un terrain appartenant à la commune, après avoir failli être construite sur la commune de Cholet. Rien n’était simple, mais avec beaucoup de temps (26 ans), on y était arrivé …
Les deux lignes à voie « métrique » devaient être livrées à l’exploitation le 1er Août 1898, mais suite à de nombreux retards dans les travaux, ce n’est que le 26 Août 1899 qu’aura lieu l’inauguration. Les ingénieurs du département et M. FAUGERES, au nom de la Compagnie de l’Anjou sont tenus de justifier ce retard devant le Conseil Général de Maine et Loire. Les causes en sont nombreuses : - lenteur dans l’approbation des projets de travaux dans les gares d’Etat de Cholet et Chalonnes. - terrassements non achevés sur la ligne de Nantes à Cholet (49 km) et notamment aux abords des viaducs de Beaupréau et Montrevault. - la voie ferrée n’est posée que sur 25 km. La pierre et 15.000 mètres cubes de sable pour le ballast sont prêts à être livrés. - tous les bâtiments des stations sont en cours de construction. - la Compagnie doit fournir pour 647.000 f. de matériel roulant (locomotives et wagons).
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Malgré la promesse de M. Faugères de livrer la ligne en Mars 1899, ce n’est qu’en Août qu’elle est inaugurée. Il est particulièrement reproché à la Compagnie de l’Anjou de ne pas avoir poussé les travaux avec la même activité qu’en Loire Inférieure où ils étaient achevés à la date prévue.
Pour l’inauguration, le samedi 26 Août 1899, la Compagnie de l’Anjou avait préparé un train dont la locomotive était ornée de guirlandes de feuillages et de drapeaux tricolores. Départ de ce train à 9 h 22 de la Possonnière, traversée des gares de Chalonnes - Anjou, Saint Laurent de la Plaine, Bourneuf et Saint Quentin en Mauges. On signale simplement quelques curieux au passage du train. Arrivée à Beaupréau à 11 heures où un déjeuner a été préparé par mademoiselle MENARD à l’hôtel de France, puis nouveau départ pour Cholet par Andrezé, Saint Macaire, Bégrolles et Saint Léger. Arrivée à Cholet à deux heures de l’après midi. M. le maire Jules Baron offre le Champagne lors de la réception organisée sous un chapiteau dressé pour cette occasion.Ensuite c’est le retour vers Beaupréau pour inaugurer la ligne de Nantes par le Fief Sauvin, Montrevault, avec arrêt sur le viaduc à 35 mètres au dessus de l’Evre, Saint Rémy en Mauges, le Puiset Doré, Saint Christophe la Couperie et Landemont en limite de département.
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A la satisfaction générale liée à l’ouverture de la ligne du « Petit Anjou » au cœur des Mauges va succéder une période difficile. L’importance du trafic est telle que les installations s’avèrent rapidement inadaptées après quelques années d’exploitation. Dès le 22 Avril 1900, la Chambre de Commerce de Cholet déplore que la voie du « Petit Anjou » ait été réalisée à voie étroite, empêchant la circulation des trains des grandes lignes et obligeant le transbordement des marchandises d’un train dans l’autre. A l’époque de la construction, il était plus économique de construire une voie « métrique », ce qui s’est avéré à l’usage un mauvais choix financièrement. Pourtant, pendant les périodes difficiles des deux guerres, le Petit Anjou rendra d’immenses services aux habitants, déroulant à faible allure son panache de fumée dans les campagnes.
Quelques chiffres. Les locomotives utilisées sur la ligne de Cholet étaient des BLANC-MISSERON construites par les ateliers du nord de la France, du type 030 à trois essieux, d’un poids de 14 tonnes environ. Le charbon s’écoulait par gravité dans la cabine pour être pelleté et jeté dans le foyer. Elles ont circulé jusqu’en 1947, à raison de trois passages quotidiens dans chaque sens, soit au moins 120.000 passages.
Anecdotes liées au chemin de fer. Un sac contenant 20 livres de poudre de mine et une pioche ont été dérobés jeudi dernier 24 Avril 1864 sur le chantier du chemin de fer à La Jumellière. Les soupçons se portent sur deux terrassiers qui sont en fuite. Le 25 Avril 1877, en faisant sa tournée de quatre heures du matin, le garde ligne JOROBADES s’est aperçu que douze grosses pierres avaient été placées dans la nuit sur la voie ferrée entre Trémentines et Cholet. Trois individus, auteurs de cette tentative de déraillement, sont arrêtés et seront jugés pour ces actes.
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Le 18 Février 1882, messieurs BROUILLET, meunier à Pégon et PERDRIAU, aubergiste au May revenaient en voiture du marché de Cholet. Comme ils arrivaient au passage à niveau du Pontreau, le véhicule, dans un choc lors du passage sur les rails, se brisa et les deux hommes furent lancés sur le sol. Dans sa chute, M. PERDRIAU s’est fait une blessure grave à la jambe, M. BROUILLET en a été quitte pour la peur. En raison des nombreuses réclamations des usagers, le conseil municipal demande à la Compagnie du chemin de fer de l'Anjou de bien vouloir sécuriser le passage par l'installation d'un contre rail.
Le 4 Septembre 1894, Dominique ROULIER, agent de l’administration des Chemins de Fer dresse un procès-verbal pour des faits s’étant déroulés au passage à niveau 39 le 4 Août 1894. Ce procès-verbal est dressé à l’encontre de Pierre HONILLON, toucheur, demeurant à Saint LEGER-SOUS-CHOLET, responsable de la garde et de la conduite du troupeau de moutons appartenant à Pierre DURANT, marchand de moutons à Saint Martin de BEAUPREAU. Les animaux, épouvantés, s’étaient introduits sur la voie par le passage à niveau, obligeant la garde barrière Marie ROULIER à faire stopper le train n° 485. Selon ce qui ressort du procès-verbal, Pierre HONILLON, âgé de 50 ans, né et demeurant à Saint LEGER, gardien du troupeau, refusant sa « coopération » n’a pas voulu donner son identité au sieur DESCHAMPS, chef de train, ce qui a motivé l’établissement de cette procédure à retardement…
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