Saint Léger - du bourg à la commune (1739-1863)


Après avoir fait partie du Diocèse de Poitiers, les paroisses du canton actuel de Cholet ont été rattachées au diocèse de La Rochelle jusqu’en 1802, avant de faire partie du diocèse d’Angers.
Monseigneur Augustin Roch de Menou de Charnizay, nommé le 15 Octobre 1729 par Louis XV évêque de la Rochelle, visita 62 paroisses de son diocèse, du 2 Septembre au 20 Octobre 1739. C’est le 8 Octobre 1739, lors de cette tournée pastorale, qu’il fut accueilli à 7 heures du matin à la chapelle de Saint Léger, annexe de l’église paroissiale Saint Michel du May, par le curé Louis Le Redde, du May et par le vicaire de Saint Léger, André Julien Aubron. (Né vers 1696, décédé le 25 Mai 1746 à Saint Léger).
Dans le compte rendu de sa visite, l’évêque décrit la chapelle qui est parfaitement tenue, puis il indique en conclusion : «On n’enterre ni ne baptise dans l’annexe, tout se fait à la paroisse du May. La chapelle est entretenue par les libéralités et les offrandes des habitants».
Ces quelques lignes, qui peuvent paraître banales (pour l’époque) dans le compte rendu de l’évêque, permettent d’imaginer dans quelle situation se trouvaient les paroissiens de Saint Léger et leur vicaire :
- Obligation de se rendre au May pour faire baptiser les nouveaux nés, au risque de les voir mourir de froid au cours du trajet ;
- Obligation de transporter le corps des défunts au May pour la messe de sépulture, ceci par tous les temps, été comme hiver, alors qu’il n’y avait qu’un mauvais chemin pour s’y rendre.
- Obligation de se marier au May.


On peut facilement supposer que l’administration des sacrements par le curé du May ne devait pas être totalement désintéressée.
Le vicaire de Saint Léger n’avait aucun revenu puisque toutes les cérémonies étaient payées au curé du May. Il n’avait que la quête de la messe du dimanche et l’aide apportée par ses paroissiens aussi pauvres que lui.
Par la suite et pendant plus d’un siècle, ces raisons seront invoquées comme une injustice, de façon parfois virulente, dans les demandes des habitants de Saint Léger voulant se séparer du May. A l’époque de la visite de l’évêque, personne ne se permettait la moindre objection, l’obéissance était totale et la présence à la messe une obligation.
Pourtant, il a été rapporté que certains paroissiens, s’ils participaient bien aux offices du dimanche à Saint Léger, avaient des réticences à se rendre au May lorsqu’ils n’y étaient pas obligés. Leur manque d’intérêt a été remarqué lors de la mission organisée au May du 28 Février au 25 Mars 1744 par les Montfortains. Un tiers des paroissiens de la « fillette » de Saint Léger ne s’y était pas présenté. Ceux qui assistèrent s’y firent remarquer par leur « indolence ».
Par contre il a été remarqué « que le peuple du May et de Bégrolles est assez docile… »

Le 4 Mars 1789, 125 habitants de la paroisse du May, âgés de plus de 25 ans et compris dans les rôles d’imposition, furent convoqués au son de la cloche pour rédiger leurs doléances et désigner leurs députés.
La première plainte émise portait sur l’imposition dont était frappée la paroisse, dont une partie, de 3723 livres concernait « un village de la paroisse appelé Bas Saint Léger qui dépend de la généralité de Poitiers et qui est payée au receveur des tailles de Montreuil - Bellay ». Le transport de cette somme était à la charge de la paroisse du May, qui se plaignait des risques encourus au cours du voyage, tant était grande la crainte des voleurs et de « l’infidélité » de ceux qui avaient la charge du transport.
Ainsi le bourg, le Haut Saint Léger et le Bas Saint Léger, était séparé par la frontière entre l’Anjou et le Poitou, dans la zone dite « des marches communes ». Le mot « marche » viendrait de l’allemand qui signifie frontière. Le May, Bégrolles, Saint Macaire, La Romagne, Saint André de la Marche comme son nom l’indique encore, et de nombreux autres bourgs, se trouvaient dans les « marches communes ».

Cette « zone tampon » entre les deux provinces, soumise aux lois et au bon vouloir des seigneurs, était propice aux trafics, notamment celui du sel. La province d’Anjou, riveraine de la Bretagne, était fortement taxée par la gabelle par rapport à sa voisine. De ce fait s’était développée une activité lucrative mais dangereuse : la contrebande du sel ou « faux saunage », donnant lieu à une véritable guerre entre « gabelous », agents de la gabelle et « faux sauniers », contrebandiers passeur de sel. Un faux saunier pris avec du sel était condamné à plusieurs années de bagne ou aux galères s’il avait déjà été condamné pour le même fait. Dans certaines paroisses proches des marches, la contrebande était une activité courante : on cite la paroisse de VRITZ, aux confins du pays nantais et de l’Anjou, où vivaient un millier d’habitants. De 1749 à 1788, 54 condamnations pour contrebande y furent prononcées, soit plus d’une par an. Il n’y a pas de période où cette paroisse compte moins de quatre de ses enfants au bagne.
Si les paroissiens du May, moins durement taxés, ont simplement demandé la suppression des taxes et de la gabelle, ceux de « Saint Macaire des Bois en Anjou » mettent ouvertement en cause les employés de la gabelle, auteurs d’abus et de vols dans les maisons et dans les églises. Ils demandaient la création d’une brigade de maréchaussée à Montfaucon, afin de mettre un terme à ces exactions. Les paroissiens de Clisson eux, décrivaient les « marches » comme de véritables refuges « où contrebandiers, faux sauniers et fraudeurs de tout poil sont de passage ou résident ».
Tout cela pour donner une idée des conditions de vie à cette époque ; la vente du sel étant le monopole de l’Etat, les droits de gabelle étaient perçus par les employés de la « ferme du Roi », sorte d’entreprise privée aux mains des fermiers généraux chargés du recouvrement de l’impôt, afin de le reverser au trésor royal. Les abus de ce système, la corruption et l’arbitraire permettaient à certains « fermiers » de réaliser des bénéfices considérables, en toute impunité, pendant que les habitants restaient misérables.

L’assemblée provinciale, instituée par l’Edit du 12 Juillet 1787, refusa d’augmenter l’impôt du « vingtième », alléguant le dépérissement et la pauvreté de cette province (les Mauges).
Pour surveiller cette frontière, la « ferme » disposait de soldats et de cavaliers, logés au plus près des zones sensibles. Plusieurs sont connus, ont habité Saint Léger et y ont fondé une famille en épousant une jeune fille du bourg :

- 1779 : François Chauveau, employé des fermes du Roi, époux de Françoise Esseau
- 1779 : Auguste Pelotte, cavalier, époux de Louise Debernard
- 1781 : Pierre Bijoux, employé de ferme du Roi, du Bas Saint Léger, époux de Françoise Baumard
- 1782 : Pierre Palissière, employé des fermes du Roi, époux de Marie Vallée
- 1782 : Jean Gâté, employé des fermes du Roi, époux de Jacquine Bidet
- 1782 : Jacques Poislane, employé des fermes du Roi, époux de Jeanne Charrier
- 1782 : Jean Biton, employé des fermes du Roi, époux de Marie Girault
- 1782 : Pierre Gaitet, lieutenant des gabelles, époux de Louise Pellerin
- 1783 : Jean Biton fils, employé des fermes du Roi, époux de Marie Rousselot
- 1783 : René Galard, employé des fermes du Roi, époux de Cécile Dogreau
- 1784 : Louis Bagnard, sous brigadier à la ferme du Roi, époux de Perrine Brousseau
- 1784 : Pierre Joussiaume, employé des fermes du Roi, époux de Marie Séchet
- 1785 : Jean Lambert, employé dans les gabelles, époux de Jeanne Tharreau
- 1786 : Jean Marsolier, employé des fermes du Roi, époux de Jeanne David
- 1786 : Pierre Sourice, employé des fermes du Roi, époux de Marie Audouy
- 1786 : René Gaboriau, lieutenant des gabelles, époux de Magdeleine Devaut
- 1788 : Charles Boutré, employé des fermes du Roi, époux de Perrine Chupin


Souffrant toujours de cette situation de dépendance, quelques habitants de Saint Léger, s’inspirant des idées nouvelles apportées par la révolution, ont tenté de changer cette situation qu’ils ne voulaient plus supporter.
Le 16 Juin 1790, pleins d’espoir, ils se rendirent en délégation à l’assemblée des électeurs du district de Cholet et la supplièrent de bien vouloir intercéder en leur faveur près de la nouvelle administration départementale. Un des délégués de Saint Léger, au nom de ses concitoyens, prononça ce long discours :

« Messieurs,
Nous ne pouvons que nous féliciter du bonheur que la révolution actuelle nous prépare.
Fasse le ciel que nous en puissions jouir bientôt ! Mais il manque quelque chose à notre félicité. Notre bourg est de la dépendance du May et en est succursale. Eloignés de deux lieues de poste de l'église paroissiale, nous ne pouvons nous y rendre qu'en courant les plus grands risques, surtout pendant six mois de l'année : deux ruisseaux que les pluies et la fonte des neiges font souvent grossir et déborder, en empêchant la libre communication. Les enfants que l’on porte au baptême sont menacés de périr en chemin Quelquefois nos morts restent sans sépulture des temps considérables pendant la mauvaise saison. Un de nos malheureux concitoyens mourut le 4 Janvier 1790, ne fut enterré que le 7 Janvier faute de moyens pour le faire porter par des chemins impraticables. Nous avons une église assez grande pour contenir non seulement notre population mais encore la réunion du Bas Saint Léger, qui devrait naturellement faire corps avec nous. Nous composons une population de 800 âmes, nous avons un prêtre à qui il ne tient que d'attribuer les fonctions curiales et lui donner le titre de curé : ce serait l'objet de nos désirs.
Nous espérons que, sensibles à nos réclamations, vous voudrez bien vous intéresser pour l’obtention de notre demande. Le Bas Saint Léger n’est pas imposé sur le même rôle que nous parce que par des dispositions inconcevables, il n’est pas ci-devant de la même province. (Le Bas Saint Léger était de la généralité de Poitiers et Saint Léger Haut de la généralité de Tours) Nous demandons donc que cette partie soit réunie avec nous, à quoi elle a le plus grand intérêt et que notre bourg soit érigé en paroisse, ne pouvant par l’énoncé des décrets de l’assemblée nationale être réunis à aucune paroisse voisine, dont il n’est aucune d’où nous soyons éloignés de plus d’une lieue. Ce qu’octroyant, nous vous aurons l’obligation la plus entière »

(extrait du procès-verbal de l’assemblée des électeurs du district de Cholet, imprimé à Angers par Mame en 1790 et qui se trouve à la bibliothèque départementale de Tours).


Nous n’avons malheureusement pas les noms de ces courageux saint Légeois. Les autorités départementales étaient bien occupées par ailleurs, pourtant ce dossier devait être suivi à Angers car quelques temps après, trois prêtres de la région furent chargés par l’évêque d’Angers de rechercher les limites possibles et acceptées de tous pour créer trois communes indépendantes : Le May, Bégrolles et Saint Léger.

Le 5 Floréal an 2 ils rendirent compte à l’évêque de leurs travaux et de leurs propositions en ces termes :

5 Floréal an II
St Philbert en Mauges

Monseigneur,
« Monsieur THARREAU, curé de Maulévrier s’étant désisté de la commission que vous lui aviez donnée conjointement avec nous de faire les démarcations de Bégrolles, Saint Léger et du May, nous y avons travaillé de notre mieux en son absence et nous vous envoyons avec son désistement le résultat de notre opération. M. Couillon a reçu de nous avant ce jour une carte exacte de la commune de Bégrolles, il pourra vous la remettre s’il ne l’a pas perdüe ou si vous jugez en avoir des deux communes, nous vous en lèverons une. Il est important, Monseigneur, de terminer promptement cette affaire, les esprits s’irritent et dans les répartitions des compositions, les deux communes pensent être…….. ? D’ailleurs Bégrolles et Saint Léger, habitées par des fabricants et beaucoup d’ouvriers assez indociles, ont besoin d’un maire qui puisse y maintenir l’ordre et la police, ce que ne peut faire celui du May éloigné d’une grande lieüe.
Les registres de l’état-civil du May qui devront servir jusqu’à ce jour aux trois communes ne servent que pour la première, les habitants des deux autres refusent assez constamment de s’y faire enregistrer. De là la confusion dans les familles, l’incertitude des naissances, désordres que vous pourrez faire cesser en les séparant promptement.
Nous désirons que notre travail vous soit fort agréable et nous avons l’honneur d’être, Monseigneur, avec le plus profond respect, vos très humbles et très obéissants serviteurs"

DAVY, curé de St Philbert
VC FAVEREAU, prêtre de St André de la Marche.


Limites proposées entre la commune du MAI et celle de BEGROLLES.

A Monseigneur l’évêque d’Angers.
« Les églises des deux communes sont éloignées l’une de l’autre d’une lieue de poste. La séparation naturelle est le ruisseau nommé le Gué Briand qui prend sa source dans les bois de Chollet, dans la partie joignant le grand chemin de la Séguinière au Mai.
Par cette limitation la commune du Mai restera composée de 1.400 communiants, celle de Bégrolles de 700 communiants et le canton de Saint Léger de 400 communiants.
Le desservant du Mai, M. Gendron, et celui de Bégrolles M. Chesné désirent réciproquement que leurs communes soient ainsi limitées, ce qui paraît une nécessité indispensable à cause de leur éloignement l’une de l’autre et plus encore parce que le Gué Briand qui les sépare est dans plusieurs saisons de l’année un passage très difficile surtout dans les grandes eaux, au point que des enfants ont été privés du sacrement du baptême par l’impossibilité de passer pour lors le Gué Briand.
Les deux desservants précités ont déjà suivi provisoirement cette limitation dans l’administration des sacrements, sous le bon plaisir de Monseigneur l’Evesque d’Angers. »


Il faudra attendre la fin des guerres de Vendée et de l’Empire pour qu’il soit à nouveau question de paroisse et de commune (Cette période fera l’objet d’un article ultérieurement)Par décret épiscopal du 16 Juillet 1803, la paroisse de Saint Léger fut officiellement créée.
Elle comprenait le Haut et le Bas Saint Léger enfin réunis et tout le territoire en faisant partie intégrante, fermes, closeries, bordages et moulins. Le curé pouvait enfin procéder aux mariages, baptêmes et messes de sépultures dans son église. Tout semblait aller pour le mieux, selon le désir des paroissiens.
Mais on ne sait pour quelles raisons, ce décret fut brutalement aboli le 20 Février 1809 et la paroisse supprimée. Qui a bien pu influencer l’évêque pour le faire revenir sur sa première décision cinq ans après ? On peut imaginer les pressions et manœuvres de certains se trouvant privés de la manne financière des paroissiens de Saint Léger. Voila donc Saint Léger redevenu simple oratoire, ses habitants ramenés aux errements antérieurs, avec tous les inconvénients maintes fois dénoncés.
Le 25 Mars 1821, 38 habitants de Saint Léger (dont on a les noms) dont Michel Barraud, le maire du May, adressent une longue lettre au Ministre de l’Intérieur. Ils y exposent leurs difficultés et leur sentiment d’être abandonnés à leur sort, leur isolement et leur solitude. Le curé, Mathurin Noël Lepeu, est décédé le 30 Janvier 1816 et n’a pas été remplacé. Ils demandent de nouveau que la paroisse de Saint Léger soit rétablie et que le bourg réuni soit érigé en commune rurale. Ainsi la paroisse aurait ses propres revenus et la commune son administration municipale et un pôle pour percevoir les impôts. Il n’y aurait plus besoin de se rendre au May pour faire établir le moindre acte d’état civil ou autre, ceci se faisant directement entre les habitants et leur maire.

Ce n'est que le 20 Juillet 1826 que la paroisse sera rétablie, avec des modifications territoriales défavorables à Saint Léger. Là encore, faut-il soupçonner quelques manœuvres du Curé ou de la municipalité du May pour conserver les fermes et métairies de la Malville, de la Casse, de la Trollière, des Grand et Petit Plessis et du Plessis Tilleau, autrefois rattachées à St Léger.

Lors de la création de la commune, les réclamations de la municipalité de Saint Léger n'y pourront rien et c'est ce découpage qui servira de base territoriale pour créer la commune en 1863. La séparation des annexes de Bégrolles et de Saint Léger a toujours été très mal vécue par les autorités religieuses et municipales du May, qui l'ont subie et non acceptée de bon gré. Les relations entre ces communes ont longtemps été marquées par ces souvenirs et des « chamailleries » par maires et sous-préfet interposés. En 2006, la commune de Saint Léger est encore considérée par certains habitants du May comme "une coupure".

La nouvelle paroisse, recréée par le Décret du 20 Septembre 1826, comprend les hameaux dits Haut et Bas Saint Léger, 22 métairies et 770 habitants. Elle pourra dorénavant assurer les sacrements, gérer ses propres revenus, les donations et libéralités qui lui seront faite et assurer une vie décente à son curé.

20 Septembre 1826

Circonscription des paroisses de :
……….

St Léger du Mai
…………..
Charles MONTAULT
Par la miséricorde divine et la grâce du siège apostolique, évêque d’Angers
Vu l’ordonnance du Roi du 19 Juillet 1826 enregistrée le 20, n° 3468 rendue sur le rapport de son Excellence le Ministre secrétaire d’état au département des affaires ecclésiastiques et de l’instruction publique,
Laquelle ordonnance porte :
Article 1er
* Les églises des communes dont les noms suivent sont érigées en succursales :
. La Boutouchère
. St Léger du May
. Foudon
…………
Considérant que la dite ordonnance fixe la circonscription des six nouvelles succursales en ces termes :

 2°/ Saint Léger du May = les hameaux dits Haut et Bas Saint Léger, 22 métairies, 770 habitants.
En conformité de la dite ordonnance, nous assignons et fixons pour le spirituel à chacune des dites églises, érigées en succursales les mêmes bourgs, hameaux, métairies, closeries, hameaux et moulins désignés par l’ordonnance.
Donné à Angers en notre palais épiscopal, sous notre seing et notre sceau l’an de Notre Seigneur Jésus Christ 1826 le 20 Septembre.

Est-ce dans un but d’apaisement ou pour donner un semblant de satisfaction aux habitants de Saint Léger, que l’on voit apparaître (vers 1820) sur les actes officiels de la mairie du May un cachet avec cette marque : « Mairie du May et Saint Léger ». Comme si on avait voulu associer plus étroitement Saint Léger au May et faire taire les revendications d’indépendance. Malheureusement, les registres de délibérations du Conseil Municipal du May de cette époque ont disparu, il sera donc difficile de trouver une explication.

De plus, l’insécurité qui régnait dans les Mauges nécessitait la cohésion de tous les habitants. Le Garde Champêtre du May, compétent sur tous les bourgs de la commune, avait fort à faire pour réprimer les nombreux vols et dégradations commis sur les propriétés. Les passages fréquents de détachements de troupes et le stationnement de brigades de Gendarmerie mobiles étaient à la charge des communes, jusqu’à ce que la tranquillité publique soit rétablie.

Les mesures (ou mesurettes ?) qui seront appliquées de temps à autre, donneront l’impression que du côté des autorités préfectorales, on gardait le souci d’apaisement, tout en donnant quelques satisfactions aux habitants des bourgs qui réclamaient leur indépendance. En effet, dans le même temps, Bégrolles menait le même « combat ».

Par arrêté du 15 Mars 1832, le Préfet a nommé M. François Auguste Rivière comme adjoint au maire du May pour la section de Saint Léger. Le 10 Mai 1832, il a pris ses fonctions au conseil municipal du May après avoir prêté le serment suivant : « Je jure fidélité au Roy des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et au lois du royaume ».

Le 15 Septembre 1833, le maire du May donna lecture à son conseil de l’article 4 de la loi du 21 Mars 1831 qui prescrivait de diviser en trois « sections » égales les électeurs municipaux de la commune, afin que chaque section soit représentée au conseil par 7 conseillers, soit 21 conseillers au total. Cette loi donnait la même importance à chaque bourg ou section (Le May - Bégrolles - Saint Léger) à condition que chaque section présente le même nombre d’électeurs. Pour y parvenir, le maire devait procéder à des « ajustements ». Il n’est pas rare de rencontrer, au fil des années, par exemple La Freignouserattachée à Saint Léger, puis l’année suivante la même Freignouse faisant partie de Bégrolles ou du May.

Le bourg du May et sa campagne formaient la section Nord, le bourg de Bégrolles et sa campagne la section du Couchant, enfin le bourg de Saint Léger et sa campagne la section du Midy.

Ce système compliqué n’a pas toujours bien fonctionné ; le 16 Mai 1837, le maire du May exposait à son conseil que les sections de Bégrolles et Saint Léger avaient déposé des plaintes « légalement fondées » contre la section du May qui n’avait pas réparti équitablement le nombre d’électeurs entre les sections. Pour remédier à cet inconvénient, il avait été convenu de « prêter » des électeurs du May aux sections voisines défavorisées.

 

Cette situation avait sans doute l’avantage de calmer pour un temps les désirs d’indépendance de Bégrolles et Saint Léger. Mais les demandes se faisant de plus en plus pressantes, le maire et son conseil se devait de réagir dans une longue délibération en date du 18 Septembre 1848 :

« Le conseil municipal de la commune du May, légalement convoqué avec les plus imposés, pensent et déclarent qu’il n’est point convenable de séparer du May les sections de Bégrolles et de Saint Léger en commune.


1/Puisque l’érection de Bégrolles en commune entraîne nécessairement celle de Saint Léger

2/Parce que l’érection de ces deux sections en commune met les trois communes dans l’impossibilité d’avoir un garde champêtre et un cantonnier

3/Parce que cette érection nécessitera la présence du percepteur dans chacune d’elles, ce qui rendra sa position très difficile

4/Parce que cette érection triple les dépenses, formant trois administrations pour une

5/Parce que la présence d’un adjoint dans le bourg de Bégrolles suffit pour la paix et la tranquillité (raison alléguée par les habitants de Bégrolles), à cause de la proximité éloignée de la grande route de Beaupréau et le voisinage de Bellefontaine

6/Parce que la communication de Bégrolles avec le May est maintenant très facile, ce qu’elle n’était pas autrefois et cependant cette commune est restée ce qu’elle est de temps immémorial

7/Parce que ce précédent mettrait toutes les autres paroisses non communes en droit d’exiger leur séparation, ce qu’on ne pourrait leur refuser

8/Parce que la séparation de Bégrolles n’est point de matière à y mettre la paix, que l’autorité locale divisera plutôt, comme cela est patent

9/Parce que les reproches faits à l’administration communale sont très faux, elle a toujours rendu justice aux deux autres sections qui y avaient leurs membres et qui peuvent l’attester

10/Parce que s’il est difficile de former une administration dans la commune entière, comment en former trois bien convenables

11/Parce que d’ailleurs, un grand nombre des habitants de la section de Bégrolles demandent à rester unis au May et rejettent la séparation

12/Parce que, très certainement, il est faux que la section du May ait jamais profité d’un centime des ressources de Bégrolles comme l’a déposé faussement le citoyen Gazeau de Bégrolles devant le juge de paix, et que comme l’administration du May n’a jamais employé un centime des revenus de Bégrolles pour les réparations, elle ne s’est aussi jamais opposée à ce que les habitants de Bégrolles prissent les moyens pour fournir aux réparations qui leur sont propres et particulières

13/Parce que les frais de l’administration sont considérables et que leur 800 francs promis pour quatre ans peuvent manquer même, et qu’après ils n’auront plus de ressources, puis il est faux que la moitié de la maison de Mlle Buchet soit à leur disposition puisque le legs est fait en faveur de la fabrique.

Pour tous ces motifs et toutes ces raisons, nous disons et pensons qu’il n’est pas convenable de séparer du May la section de Bégrolles et de l’ériger en commune.

Les sieurs Boisdron, Bathélémy et Barrau, adjoints, se sont absentés de la séance et n’ont pas voté. Les dits Augereau, Devanne et Robineau n’ont pas voté, sont restés neutres de part et d’autre. Dont seulement 33 ont voté, et 31 pour le maintien de la commune et 2 pour la division ».

A suivre...